mardi 7 avril 2015

De retour du salon du livre jeunesse d'Eaubonne

C'était il y a une semaine déjà...
Mais il fallait au moins une semaine pour s'en remettre !
Le mardi et le vendredi ont été consacrés
aux rencontres dans les classes
de la Moyenne Section au CM2
pour découvrir les surprises des petits et grands
et répondre à (toutes ?) leurs questions.
Mardi, aux écoles maternelle et élémentaire Paul Bert,
on a parlé de Mamie Poule, cette vieille plumée,
des poussins, du caméléon et du loup
dont on n'a pas vu la queue, heureusement.
Enfin, pas en-dehors des livres
Le loup qui aimait trop les bonbons
et Monsieur le loup... 

Loups respectivement illustrés
par Eric Gasté et Hervé Le Goff

J'ai eu droit à une histoire d'affreux pas beaux à partir de
Qui des trois est le plus méchant ?
Une superbe histoire publiée dans la Gazette-Surprises
du salon, gazette qui porte bien son nom.


Tandis que sur une autre page, des petits malins
ont proposé au loup de se montrer intelligent
pour une fois, tout de même, hein, non mais !
en faisant des mots croisés (pas trop) (ou si ?) compliqués :


Merci aux élèves de MS et GS
et à leurs maîtresses
Mmes Lamouret et Clocchiatti
pour leur grande créativité !

Quoi d'autre ?
On a visité ma nouvelle Maison en construction,
le dernier "Pont des arts" que j'ai publié chez Elan vert,
à partir d'une oeuvre de Pietr Mondrian. 

Maison-livre construite par Christine Destours

L'après-midi, on a joué aux devinettes de l'ABC bêtes
avec les CPA de Mme Chèze pour voir si on connaissait bien
toutes les lettres de l'alphabet, et quelques animaux.


Et puis, on a parlé d'une baleine un peu spéciale,
une dame qui vit dans la rue, sur le trottoir, là,
dans cet album publié chez Motus en mars dernier :

Le premier album de l'illustratrice Alessia Bravo

Quelques jours plus tard, on m'offre sur le salon
un magnifique cadeau : l'après-rencontre.

La relève est assurée !

On a également observé sous tous les angles
l'auteur de la Tour Eiffel qui a fait tourner la tête
du peintre Robert Delaunay
et les oeuvres des CM2 de Mme Drivaud
qui se sont pris au jeu à la manière d'Elise Mansot,
l'illustratrice de La tour Eiffel attaque.



 Je suis repartie avec des tas de pistes
proposées par les élèves pour écrire
de nouveaux albums "Pont des arts",
on ne sait jamais, les auteurs ne sont pas à l'abri
de soudaines pannes d'inspiration !

De belles idées pour rêver autour de Monet,
Arcimboldo, Picasso, de la Tour, Botticelli
ou encore Dali et ses montres molles.

Bravo aux artistes en herbe !

Vendredi, c'était au tour des écoles
La Cerisaie, Jean-Jacques Rousseau et re-Paul Bert.
Le matin, on s'est interrogés sur les histoires à dormir debout
de cette sacrée poulette qui ne racontent que des sornettes.
L'après-midi, ça a été la fête pour Max Simome,
le méchant des deux tomes B.D. La Bande des Super !
On a fait un bond dans le temps,
on a parlé scénario, organisation des planches,
on a papoté cases et bulles et comment faire entrer
toute l'action et tout le blabla dedans, et plus encore.
Conclusion des enfants : pas facile, de faire l'auteur !
Ils s'en sont très bien tirés, je vous l'assure...
Merci aux enseignants et aux élèves
qui m'ont reçue dans leurs classes.

Pour finir, les samedi et dimanche
ont été passés sur le salon,
à dédicacer des livres et des livres,
à discuter avec enfants et parents,
à présenter pour la première fois
un spectacle pour enfants,
Et toi, tu lis quoi ? des lectures dansées,
à découvrir ma bouille par dizaines
sur une poupée Matriochka géante...


Que d'émotions !
MERCI BEAUCOUP À TOUS,
enfants, enseignants,
parents d'élèves bénévoles du salon,
sans oublier les organisateurs (merci, Elise)
et les libraires (superbe Presse-Papier d'Argenteuil).
Et...
à l'année prochaine j'espère !







samedi 3 mai 2014

Montmartre, le Chat Noir et le gang des Bêtises

Je n'ai pas encore eu le temps de vous en parler,
ou je vous en ai touché deux mots, ou trois, guère plus.
Mon dernier album "Pont des arts" est en librairie
depuis deux semaines : La chasse au ça, 
superbement illustré par Vanessa Hié
(j'adore).
Hop hop hop...


Eh oui ! Il se trouve que j'y habite,
à Montmartre.
A l'époque de Théophile Alexandre Steinlen,
qui a dessiné la fameuse affiche du Chat Noir,
le paysage que j'aurais pu admirer
depuis ma fenêtre aurait été bien différent.
En 1896, date où le chat prend vie,
le Sacré-Coeur était encore en construction.
Aujourd'hui, il y a encore beaucoup de matous
qui errent dans le quartier, notamment dans les jardins
au pied de l'église couleur Chantilly.
Et le sombre animal du fameux cabaret
est presque aussi populaire
que cette vieille tour Eiffel.

 
On le voit partout : affiche, carte postale,
tasse, sac, pendentif, bague, plateau,
t-shirt avec ou sans manches,
calendrier, boc, boîtes diverses,
porte-serviettes, thermomètre
et j'en passe...










Je parie, d'ailleurs, qu'elle est un peu jalouse,
la tour Eiffel. Regardez plutôt :


Tout de même, hein !
Pas d'inquiétude, madame, je me suis aussi occupée de vous.
Bientôt, vous aurez votre livre, patience.
En juillet.
 Pour l'instant, place au ça, euh ! au chat
qui sème la terreur dans les escaliers de Montmartre,
sur les pavés, chez la poissonnière, chez le boulanger...

 
Sale bête ! Ou : c'est la Bête !


Mais non, pas cette bête-là.
Même si elle est très belle
(je l'ai dénichée sur internet, bravo à son papa ou sa maman)


Non, non et non. Pas lui.
Lui, c'est le boucher.
Une terreur en soi, mais bon.
Pas ça.
 Non, je vous parle toujours de celui-là,
qui appartient à ce lieu-là,
dehors...


dedans...
 

en chansons...

 
MIAHOU !
Place, place !
Le gang des Bêtises a juré de le trouver !
Alors, c'est parti, suivons Louison, Gus et Dédé !




lundi 10 mars 2014

La Chambre de Van Gogh - Pirate des couleurs

J'ai publié en 2011 Moi, princesse Marguerite
d'après Les Ménines de Diego Vélasquez
dans la très belle collection Pont des arts,
dont je vous conseille le nouveau site.
Cette année, l'art est de nouveau à l'honneur avec,
pour commencer, Vincent Van Gogh et sa célèbre Chambre...
Qui sera suivie, dans l'ordre,
par Le Chat noir de Steinlen (illustré par Vanessa Hié),
La tour Eiffel de Delaunay (par Elise Mansot)
et les Très riches heures du duc de Berry,
des frères Limbourg (par Delphine Jacquot).
Que du bonheur en perspective !
J'avais, à l'époque de la sortie de mon premier titre,
posté une analyse de mon album en confrontant
les illustrations de Xavière Devos à l'oeuvre de Vélasquez
et d'autres artistes qui se sont frottés aux Ménines.
Tentons de réitérer l'exercice.
Voici donc Pirate des couleurs, illustré par Natacha Sicaud
L'album part d'une des trois versions
de La chambre... du peintre.
La première, réalisée en 1888,
se trouve au musée Van Gogh à Amsterdam :


La deuxième, datant de 1889,
est au Art Institute of Chicago :


La troisième, exécutée en 1889 elle aussi,
est exposée au musée d'Orsay :


C'est donc cette dernière que j'ai choisie.
Mais quittons Amsterdam, Chicago et Paris
pour nous rendre à Arles, dans la maison jaune
où Vincent s'est installé dès février 1888,
pour chercher le calme et la sérénité.


(esquisse de Vincent Van Gogh et plan de la chambre)


Lui qui lutte contre son esprit "dérangé"
a une chambre somme toute bien rangée.
Peut-être pas assez au goût d'Ursus Wehrli
qui s'applique à faire le ménage
dans son excellent Art en bazar (éd. Milan, 2002) :


En trois mots :
Range ta chambre, Vincent !


Pas facile pour quelqu'un qui a du bazar dans la tête.
Vraiment difficile pour celui qui réagit à fleur de peau...


à la lumière des soleils (Tournesols, 1888)...
 Fleur de peau, aussi, en admirant
les champs de blé et le vent qui souffle dedans.


Champ de blé avec cyprès, 1889.
Une chambre trop bien rangée, c'est un peu une chambre
sans vie, sans personnalité. Ce n'est pas lui.
Lui, il lutte chaque jour contre ses démons.


Champ de blé aux corbeaux, 1890.
Lui, Vincent le différent, celui qu'on appelle « Fou-Roux »…
Quelques autoportraits, avec et sans l'oreille :





Dans mon album, il devient Barberousse, pirate de son état.
J'ai fait le lien entre la rage du peintre,
l'énergie de ses coups de pinceaux
(dont il se sert comme d'une épée ou d'un sabre),
ses couleurs brutes et vives, ses matières,
 enfin l'oreille coupée, qui m'a fait penser
à l'oeil (ou la main) perdu d'un pirate.
Et pas de pirate sans trésor, d'où un coffre.
Dedans, pas de pièces d'or,
mais des pots de peinture.
A l'art-bordage !



Les pistes que j'ai suivies, ainsi que mes notes
(je vous copie-colle mon fichier de travail) :
Maison jaune
Chambre vivante
Solitude
Tableaux accrochés aux murs :
deux portraits (un autoportrait, un portrait de femme)
deux estampes japonaises
un tableau représentant un paysage (arbre) à la tête du lit
Van Gogh
fou-roux, barbe rousse, yeux injectés de sang
force de ses coups de peinture
oreille coupée, bandé // bandeau de pirate : pirate Barberousse ?
pax. perroquet // couleurs vives
matières, couleurs vives
Psychologie vincent vg :
Esprit tourmenté, folie ?
Se reposer, le repos
Rêve lors d’une sieste ou la nuit ? Cauchemar ?
La chambre :
simple, mais pas tout à fait comme dans la réalité,
le lit semble glisser sur le parquet, etc.
chaises qui ne tiennent pas debout…
// chambre vivante
// on a l'impression d'être sur l'eau, ça tangue : bateau ?
Ordre / désordre
Equilibre / déséquilibre
Les couleurs (peindre le mur et le reste) :
BLEU = murs (lilas fleur), porte
VERT = fenêtre, volets (vert jauni par soleil)
ROUGE (fané violet) = sol (effacé)
Meubles
Table orangE
Deux chaises et un lit = jaune
Deux oreillers = JAUNE (citron vert)
Ce qu’il y a sur la table
BLEU = pour se laver
Un miroir, un torchon = BLANC
Vêtements suspendus
Blouse = BLEU
Ranger ? Et les jouets ?
Ouvrir la fenêtre, les volets… voir le paysage extérieur ?
On est toujours dans la chambre
Lettre à son frère Théo, à propos de son projet de tableau
suivre indications réelles du peintre
repeindre la chambre dans l’histoire
donc : avoir une base blanche ou noire avant de repeindre
noir + intéressant // peur, démons, ténèbres
// esprit tourmenté vincent vg


(esquisse et illustration finie, double 4)

On s'amusera à trouver les différences
entre l'esquisse et l'illustration finale, très réussie.
Pas facile de peindre le noir et de laisser voir dans le noir.
Natacha Sicaud joue des noirs... et des blancs aussi.
Et le noir devient couleur.
***
Revenons à mon histoire.
Pour servir de contrepoint au pirate,
et d'oeil témoin en quelque sorte,
j'ai créé le personnage du perroquet.
Bavard, forcément. Connu pour ses couleurs.
Mais, peint en noir, il devient corbeau moqueur.

A partir de mes pistes, de mes annotations, de mes lectures,
j'ai imaginé un petit film d’animation
pour repeindre à loisir la pièce du peintre pirate.

Décryptage par doubles pages :
1 = bateau entier, extérieur jour
2 = bateau éclaté en huit morceaux // huit bras du monstre
(on les cherche, on les compte jusqu'à huit)
3 = zoom avant passage extérieur jour - intérieur nuit
(l'encre de la pieuvre, plongée dans le noir),
4 = noir total, les ténèbres, la peur du noir, le désordre, le chaos
de 5 à 7 =
- du noir vers la couleur


(illustration finie, double 5)
- du désordre, du bazar vers le rangement,
tout à sa place comme dans le tableau de Van Gogh
- le perroquet : de l'insolence, de la moquerie au respect
- l'oiseau change de place, petit jeu pour l’enfant :
trouver le perroquet aux plumes noires dans le noir
8 = les derniers détails (les plumes de l'oiseau)
9 = enfin le calme, la paix, invitation à dormir, la sieste dans la chambre


(illustration finie double 7)

Après la construction de l'histoire, l'écriture (enfin !).
Pour écrire mon texte, j'ai exploré les pistes suivantes :
Jeu des rimes et des sons
Jeu des questions / réponses
Jeu de compter les morceaux ensemble jusqu’à huit,
ainsi que les huit bras du calamar géant
Jeu de mots :
- noms que le perroquet donne au pirate
(évolution de Barbefrousse à Capitaine)
- noms que le pirate donne au perroquet :
oiseau de malheur, sombre Ara-qui-rit, (Harakiri)
Jeu des couleurs - fruits (jaune citron...)
Clin d’œil final à la lettre de Vincent à Théo

Lorsque j'écris mon texte, je donne des indications à l'illustrateur.
Exemple pour la double 4 dont j'ai montré
plus haut l'esquisse et l'illustration finale :
4 (contours au trait, esquissés, tout est noir, habits,
barbe du pirate et plumes du perroquet)
Ara-qui-rit le perroquet se moque de son maître :
- Barberousse a peur du noir, il a la frousse, Barbefrousse !
- Oiseau de malheur, tu vas voir ce que tu vas voir !
Peu importe si dans la chambre il y a du bazar.
Le pirate connaît la carte des lieux par cœur.
Sans feu, sans phare, il trouve son coffre et…
Clic clac la clé, à lui le trésor !

A nous le trésor de l'art ! Plaisir des yeux, nos pépites.
Pour revoir La chambre, rendez-vous au musée d'Orsay.
C'est le moment, on lui consacre une exposition
jusqu'au 6 juillet prochain.